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Barack Obama à la rencontre du monde musulman
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Barack Obama à la rencontre du monde musulman
Le discours sur l'islam et au "monde musulman" que doit prononcer le président américain, le 4 juin, à l'université du Caire, est attendu comme l'un des jalons importants de sa stratégie pour réduire les tensions au Moyen-Orient. Un discours "conceptuel" à l'égal de celui de Philadelphie en 2008 sur les relations raciales, ou de Prague, début avril, sur "un monde sans armes nucléaires". Le principal auteur est l'un des jeunes qui suivent M. Obama depuis qu'il a annoncé sa candidature, Ben Rhodes, 31 ans. New-Yorkais, diplômé d'écriture de fiction, son premier ouvrage à succès a été le rapport sur l'Irak de James Baker et Lee Hamilton, qui a amorcé le désengagement américain dans ce pays et la stratégie d'approche avec la Syrie ou l'Iran qui est poursuivie aujourd'hui par M. Obama.

Ce "speech" est une promesse de campagne, pour les 100 premiers jours. Quand il a été conçu en 2007, il visait surtout à redorer l'image des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman après l'invasion de l'Irak. "Obama dira clairement que nous ne sommes pas en guerre avec l'islam, que nous serons du côté de ceux qui sont prêts à se mobiliser pour leur futur et que nous avons besoin d'eux pour défaire les prophètes de haine et de violence", indiquait la plate-forme du candidat sous le chapitre "parler directement à un auditoire musulman".
L'entourage de M. Obama a cherché pendant quelques semaines l'endroit qui convenait le mieux. L'Indonésie, où il a vécu cinq ans, était un peu loin du "théâtre" des opérations. L'Arabie saoudite, trop recluse, et peu encline à ce genre de manifestations. Amman, trop proche de Beyrouth, Damas et Jérusalem. Il restait Le Caire, sa "rue arabe" et sa tradition de phare culturel du Proche-Orient, même si le sentiment antiaméricain y est fort et la liberté politique limitée.
A peine l'endroit avait été annoncé qu'une polémique s'est engagée. M. Obama rencontrerait-il des opposants au régime autoritaire du président Hosni Moubarak ? A trois jours du discours, la Maison Blanche était encore dans le flou, se bornant à indiquer que "l'ensemble des acteurs politiques" égyptiens a été invité à l'université. Et que M. Obama rencontrerait des journalistes locaux pour souligner l'importance de la liberté de la presse. Pour désamorcer les critiques, comme celles, acérées, de Nile Gardiner, de l'Heritage Foundation, selon qui "Obama est l'"homme invisible" en ce qui concerne la défense des droits de l'homme", la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a reçu la semaine dernière des représentants d'associations égyptiennes pro-démocratie.
Sur le fond, le discours reste largement inconnu. Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison Blanche, l'a décrit "une part importante" de l'effort de M. Obama pour "combler le fossé" avec le monde musulman. Effort qui s'inscrit dans une succession de gestes soigneusement calibrés depuis janvier : la mention des musulmans américains, dans le discours d'investiture, la première interview accordée à la chaîne Al-Arabiya, le message du Nouvel An iranien... Selon ce qui a pu filtrer, le discours serait plus "culturel" que politique, évoquant la division du monde islamique entre chiites et sunnites et la menace des extrémistes radicaux. Mais à une semaine des élections en Iran, il est difficile de ne pas voir une occasion pour M. Obama d'envoyer un message de détente.
Certains chercheurs sont sceptiques sur l'idée de s'adresser aux "musulmans" en général, au risque de renforcer "la notion trop bien acceptée mais fausse que l'islam et l'Ouest sont des entités distinctes avec des valeurs profondément différentes", écrivaient Olivier Roy et Justin Vaisse dans le New York Times en décembre 2008. La critique est identique chez Jon Alterman, spécialiste du Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS). "Si quelqu'un peut me dire à qui le président Obama compte s'adresser, je lui serai reconnaissant (...) Est-ce qu'il s'adresse aux sociétés à majorité musulmanes, aux centaines de millions de musulmans qui vivent comme des minorités dans le reste du monde ?" Conscient de cet écueil, M. Obama a prévu de rendre hommage à la contribution des musulmans américains à la société américaine.
Plus que le monde musulman, c'est le monde arabe qui attend le président américain. Mais sur le processus de paix israélo-palestinien, la Maison Blanche a modéré les attentes, indiquant qu'il ne faut pas s'attendre à des propositions concrètes, même si M. Obama va d'abord faire escale à Riyad pour s'entretenir avec le roi de la possibilité de concessions réciproques entre Israël et ses voisins dans le cadre d'un règlement "global". L'objectif, décrit par les conseillers de M. Obama, est modeste : "Changer la conversation avec le monde musulman."
Corine Lesnes pour Le Monde

Ce "speech" est une promesse de campagne, pour les 100 premiers jours. Quand il a été conçu en 2007, il visait surtout à redorer l'image des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman après l'invasion de l'Irak. "Obama dira clairement que nous ne sommes pas en guerre avec l'islam, que nous serons du côté de ceux qui sont prêts à se mobiliser pour leur futur et que nous avons besoin d'eux pour défaire les prophètes de haine et de violence", indiquait la plate-forme du candidat sous le chapitre "parler directement à un auditoire musulman".
L'entourage de M. Obama a cherché pendant quelques semaines l'endroit qui convenait le mieux. L'Indonésie, où il a vécu cinq ans, était un peu loin du "théâtre" des opérations. L'Arabie saoudite, trop recluse, et peu encline à ce genre de manifestations. Amman, trop proche de Beyrouth, Damas et Jérusalem. Il restait Le Caire, sa "rue arabe" et sa tradition de phare culturel du Proche-Orient, même si le sentiment antiaméricain y est fort et la liberté politique limitée.
A peine l'endroit avait été annoncé qu'une polémique s'est engagée. M. Obama rencontrerait-il des opposants au régime autoritaire du président Hosni Moubarak ? A trois jours du discours, la Maison Blanche était encore dans le flou, se bornant à indiquer que "l'ensemble des acteurs politiques" égyptiens a été invité à l'université. Et que M. Obama rencontrerait des journalistes locaux pour souligner l'importance de la liberté de la presse. Pour désamorcer les critiques, comme celles, acérées, de Nile Gardiner, de l'Heritage Foundation, selon qui "Obama est l'"homme invisible" en ce qui concerne la défense des droits de l'homme", la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a reçu la semaine dernière des représentants d'associations égyptiennes pro-démocratie.
Sur le fond, le discours reste largement inconnu. Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison Blanche, l'a décrit "une part importante" de l'effort de M. Obama pour "combler le fossé" avec le monde musulman. Effort qui s'inscrit dans une succession de gestes soigneusement calibrés depuis janvier : la mention des musulmans américains, dans le discours d'investiture, la première interview accordée à la chaîne Al-Arabiya, le message du Nouvel An iranien... Selon ce qui a pu filtrer, le discours serait plus "culturel" que politique, évoquant la division du monde islamique entre chiites et sunnites et la menace des extrémistes radicaux. Mais à une semaine des élections en Iran, il est difficile de ne pas voir une occasion pour M. Obama d'envoyer un message de détente.
Certains chercheurs sont sceptiques sur l'idée de s'adresser aux "musulmans" en général, au risque de renforcer "la notion trop bien acceptée mais fausse que l'islam et l'Ouest sont des entités distinctes avec des valeurs profondément différentes", écrivaient Olivier Roy et Justin Vaisse dans le New York Times en décembre 2008. La critique est identique chez Jon Alterman, spécialiste du Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS). "Si quelqu'un peut me dire à qui le président Obama compte s'adresser, je lui serai reconnaissant (...) Est-ce qu'il s'adresse aux sociétés à majorité musulmanes, aux centaines de millions de musulmans qui vivent comme des minorités dans le reste du monde ?" Conscient de cet écueil, M. Obama a prévu de rendre hommage à la contribution des musulmans américains à la société américaine.
Plus que le monde musulman, c'est le monde arabe qui attend le président américain. Mais sur le processus de paix israélo-palestinien, la Maison Blanche a modéré les attentes, indiquant qu'il ne faut pas s'attendre à des propositions concrètes, même si M. Obama va d'abord faire escale à Riyad pour s'entretenir avec le roi de la possibilité de concessions réciproques entre Israël et ses voisins dans le cadre d'un règlement "global". L'objectif, décrit par les conseillers de M. Obama, est modeste : "Changer la conversation avec le monde musulman."
Corine Lesnes pour Le Monde
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