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À Ramallah, elle défend son frère handicapé et se bat pour la paix
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À Ramallah, elle défend son frère handicapé et se bat pour la paix
L'université d'Al Quds, à Jérusalem-est, a organisé son premier concours de plaidoiries sous l'égide du Mémorial de Caen, à l'origine de cette initiative. Jamela Zead, jeune avocate palestinienne, a défendu le dossier de son frère aîné, handicapé à la suite du tir d'un soldat. Elle a remporté le premier prix.C'était un jour de février 1991. Un lundi. Ahmad Zead, 17 ans, rentrait de l'école du camp de Jalazon pour les réfugiés, au nord de Ramallah, son cartable sur le dos. Il était accompagné d'amis. Sans raison apparente, le groupe s'est fait arrêter par des soldats israéliens devant la mosquée du camp. Yeux bandés, plaqué contre le mur, comme les autres, Ahmad Zead s'est soudain effondré. Une balle avait touché l'adolescent à la tête.
Ce tir d'un soldat provoque un moment d'affolement chez les militaires. Ils quittent les lieux rapidement, abandonnant leur victime. Ahmad survit, mais il est gravement handicapé, incapable d'autonomie.
« Il est là dans cette salle, c'est mon frère. » Soutenu par un proche, le sourire déformé, Ahmad se déplace avec difficulté au-devant de sa soeur. Ils s'embrassent sous les applaudissements. Le visage de l'avocate est entouré d'un foulard aux reflets mauves. Des manches de sa tenue noire dépassent celles, joliment brodées, de sa longue robe. Les mains solidement amarrées au pupitre, la voix ferme, maîtrisant une colère sourde, sans baisser l'oeil sur ses notes, Jamela Zead a développé la cause de celui qui « rêvait de devenir chirurgien ». Au terme de sa plaidoirie, une onde d'émotion parcourt l'amphithéâtre de l'université palestinienne d'Al Quds, à Jérusalem-Est.
« J'ai failli pleurer en plaidant », avoue, quelques instants plus tard, la lauréate du premier concours international de plaidoiries de son université. Une manifestation imaginée, il y a vingt ans, par le Mémorial pour la paix de Caen et qui, pour la première fois cette année, s'est exportée à l'étranger. Le but ? Permettre à des avocats de tout pays de venir défendre les Droits de l'homme. La victoire de Jamela Zead lui vaut d'être l'invitée du Mémorial.
Le moment de tension est tombé. Le jardin du campus, qui descend vers la route d'Abu Dis, offre un havre ombragé balayé par la brise. « J'avais 4 ans, quand c'est arrivé. J'ai vu les souffrances de mon frère. Je n'arrêtais pas de penser à lui. » Très jeune, Jamela Zead décide de son orientation. Elle sera avocate. La justice par le droit, elle veut y croire.
Les intonations se font plus douces, mais le débit conserve cette aisance, qui se joue des hésitations. La jeune femme raconte comment ce drame a rejailli sur sa famille. Il a brisé la santé de son père, ingénieur, puis de sa mère, avec ces allers-retours incessants à l'hôpital et cette inquiétude permanente. « Avec mon autre frère, on demandait quand Ahmad allait sortir du coma. »
« La requête adressée par mon père à l'autorité militaire israélienne n'a rien donné. Pourtant, elle ne demandait que le nom du soldat pour pouvoir le poursuivre, lui et non sa hiérarchie. » Alors, Jamela, qui vient de finir un diplôme d'études supérieures, a repris le dossier, analysé toutes les défaillances de l'autorité militaire, au regard des déclarations et conventions juridiques. Elle a aussi de bonnes raisons de croire en un geste, certes isolé, mais délibérément raciste.
« C'est une fille bien », confie Anwar Abu Eisheh. Il a été son professeur dès la première année. Stimulée par l'audience qu'elle a recueillie, elle entend continuer à défendre « férocement », mais aussi enseigner et se spécialiser en procédures.
Sur l'autre versant de la colline ocre et blanche, le mur qui sépare les territoires palestiniens d'Israël serpente à l'infini. Le regard de Jamela se tourne à peine vers cette ligne de partition imposée, qui place les « Palestiniens des Territoires » en liberté surveillée et limite leurs déplacements.
Mais cela n'entache pas « l'enthousiasme » qu'elle partage avec des consoeurs dans un climat où pourtant « le désespoir l'emporte », pointe Anwar Abu Eisheh. Il souligne notamment l'absence d'avocats palestiniens masculins au concours. « Beaucoup travaillent pourtant avec des ONG. Ou bien ils n'ont pas confiance, ou bien ils ne font rien », ironise-t-il. Seules quatre avocates palestiniennes se sont inscrites.
Les avocats israéliens n'étaient pas là, non plus. « On a essayé, assure l'universitaire. Mais je les comprends aussi. Il leur est interdit de venir chez nous, ils ne vont pas s'exposer. » Un jour peut-être.... Les belles histoires existent. L'avocate américano-israélienne Allegra Pacheco, lauréate 1998 à Caen, en a rappelé une, en ouverture du concours. Elle défendait Abed, un prisonnier palestinien. Il vit aujourd'hui en couple à Bethléem, entouré de trois « beaux » enfants.
Xavier ALEXANDRE
Source: ouest.france.fr
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