Encore+
La parole est à vous
Contes initiatiques
Conte de Noël "Les bergers de l'Ailleurs" par Isabelle Bourgeois
La parole est à vous
Contes initiatiques
Conte de Noël "Les bergers de l'Ailleurs" par Isabelle Bourgeois
Maximilien Forel est pilote acrobatique. Deux fois par semaine, il sentraîne au-dessus de laérodrome dYverdon-les-Bains, au bord du lac de Neuchâtel. Il vit à Giez, dans une petite ferme héritée de son père, entre le village et la forêt. Ce matin du 5 décembre, il est assis devant la fenêtre et rédige quelques notes sur ses vols.
Il lève ses yeux et regarde dans le lointain ce vaste paysage quil connaît par cur, ces champs fraîchement labourés ou déjà semés, ces carrés de verdure laissés en friche et ces forêts presque sauvages. Quand soudain son regard sarrête. Là-bas, dans le prolongement du parc, à une distance de 500 mètres environ, il aperçoit des centaines de petites boules dorées, éclairées comme des pains chauds par le soleil dhiver.
Intrigué, il enfile une grosse paire de bottes et se dirige en direction de ce lumineux remue-ménage. Déjà, il entend les enfants du village crier : »Ils sont revenus, les bergers ! Les moutons ! » Maximilien presse le pas. Il découvre avec émerveillement un troupeau de 600 moutons encadrés par trois beaux chiens noirs et quatre ânes. La transhumance .Un voyage de quatre mois, de pâture en pâture, de bois glacés en collines râpées par le vent dhiver, jusquà la douce chaleur des écuries au bout du voyage.
Maximilien nose pas aborder les deux bergers, perdus dans leurs pensées. Vêtus de plusieurs couches de vestes et de gilets, coiffés de grands chapeaux déformés par les saisons, ils sont assis sur la colline dans un silence contemplatif, leur bâton en bois noueux sous le bras. Maximilien hésite à prendre la parole. Leur adresser un mot maintenant, cest comme jeter un caillou dans leau lisse dune flaque. Briser une harmonie. Car en les observant de loin, ils semblent méditer et regarder « entre ». Entre les boucles de laine des bêtes. Entre le feuillage des arbres. Entre les brins dherbe. Entre les nuages. Entre la terre et le ciel. Mais que regardent-ils donc pour avoir ce regard radieux, figé sur linfini ?
Maximilien rentre à la maison, prépare quelques brioches avec du café chaud quil met dans un thermos et décide de repartir à leur rencontre aussitôt. Encore une fois, en chemin, il sarrête net, cloué par le spectacle qui se présente à lui : habilement encadrés par les chiens, les moutons passent à travers les champs sans piétiner le moindre carré semé, porteur des prochaines récoltes. Ils circulent agilement entre les zones de pâture qui leurs sont autorisées et celles qui leurs sont interdites. Dès lors, il assiste à une grande sarabande de moutons, tournant ici et là comme une spirale mystérieuse, se déployant et se rassemblant, se dispersant ou se regroupant au gré du permis et de linterdit, des espaces douverture ou de fermeture, savamment orchestrés par les chiens et les bergers. Pas la trace dun seul petit sabot en dehors des zones qui leurs sont réservées. Et ils broutent et broutent encore, avec ordre et en respectant des directions précises, comme animés par une force de lunivers, comme sils étaient les instruments dun dessein céleste, les pinceaux dun grand tableau. Et après leur passage, les champs changent curieusement de teintes et de densité.
Maximilien troublé, fasciné, interrompt sa rêverie. Il se présente aux bergers et leur offre des brioches et du café chaud. Ils murmurent un bonjour discret. Le pilote aimerait leur parler, leur voler un peu du secret de leur beauté sans âge. Le premier est un peu plus vieux, les cheveux poivre et sel et les yeux dun bleu profond. Son compagnon na pas plus de 30 ans et son sourire blanc et généreux reflète un état intérieur empli de paix, de force et de lumière. « Doù venez-vous ? » se risque à demander Maximilien.
Cest alors que le plus ancien lui répond : « Que voulez-vous entendre ? Des mots qui sadressent à la tête ou au coeur ? A lhomme ou à lHomme ? ». Le visiteur, visiblement surpris, ne sait pas quoi répondre. « Soit, nous vous donnons la réponse la plus facile à comprendre pour vous, ici et maintenant. Un jour, et très bientôt même, vous découvrirez par vous-même qui nous sommes et quelle est notre véritable origine »
Maximilien est de plus en plus confus. « Mais bon sang, qui sont ces mystérieux gaillards ? marmonne-t-il en silence. Comme sil avait lu dans ses pensées, le plus jeune lui répond : « Nous venons du Kosovo. Nous sommes bergers en Suisse depuis quinze ans. En été, nous faisons pâturer nos bêtes en Valais. En hiver, nous faisons la transhumance dOnnens à Aubonne ». Puis il se tait. Maximilien nen saura rien de plus. Le chant du vent est revenu se glisser entre eux, ils se saluent courtoisement et se quittent. Quelques minutes plus tard, quand Maximilien se retourne pour voir une dernière fois les deux berges, ils lui adressent un geste amical dont l'énergie parcourt son corps de la tête au pied, dans un grand fisson agréable. Un courant, une force et une confiance fabuleuse venait de lui être transmis
Ainsi, de pâture en pâture, nos moutons finirent par quitter la région le 24 décembre pour aller chercher de nouvelles nourritures. Maximilien avait déjà un peu oublié ses amis bergers quand il décida, peu après leur départ, de soffrir un tour en avion, un vol comme jamais, pour Noël. Une dernière petite acrobatie avant la nouvelle année. Il enfila sa combinaison daviateur, se rendit à laéroport et fit démarrer son bimoteur. Et Maximilien décolla, sans simaginer une seconde quil allait découvrir limpensable, de quoi changer fondamentalement pour le restant de sa vie.
Comme dhabitude, il entreprit de survoler son village. Lorsquil arriva à la hauteur des champs autour de sa ferme, il crut quil devenait fou. Ce quil vit alors, là-en bas, resta gravé dans sa mémoire jusquà sa mort. Et il en révéla le secret pour la première fois avant de rendre son dernier souffle. Et c'est à moi, sa fille, qu'il en a fait la confidence et c'est pourquoi je décide aujourd'hui de vous la raconter. La Vérité doit être sue et peut maintenant être partagée au public.
Voilà ce quil chuchota : survolant les champs où avaient patiemment, méticuleusement pâturé les moutons de ses amis bergers, il vit une écriture immense, longuement travaillée par les petites mâchoires infatigables des bêtes dévouées à la Grande Cause. En broutant lherbe soigneusement ici et là, sans hasard ni chaos mais avec la complicité des chiens et des hommes venus dailleurs, d'un autre plan de conscience, les moutons avaient dessinés des lettres géantes visibles du ciel seulement. Maximilien pouvait alors y lire, avec stupeur et émotion, cette phrase gravée sur la terre :
Isabelle A. Bourgeois
Il lève ses yeux et regarde dans le lointain ce vaste paysage quil connaît par cur, ces champs fraîchement labourés ou déjà semés, ces carrés de verdure laissés en friche et ces forêts presque sauvages. Quand soudain son regard sarrête. Là-bas, dans le prolongement du parc, à une distance de 500 mètres environ, il aperçoit des centaines de petites boules dorées, éclairées comme des pains chauds par le soleil dhiver.
Intrigué, il enfile une grosse paire de bottes et se dirige en direction de ce lumineux remue-ménage. Déjà, il entend les enfants du village crier : »Ils sont revenus, les bergers ! Les moutons ! » Maximilien presse le pas. Il découvre avec émerveillement un troupeau de 600 moutons encadrés par trois beaux chiens noirs et quatre ânes. La transhumance .Un voyage de quatre mois, de pâture en pâture, de bois glacés en collines râpées par le vent dhiver, jusquà la douce chaleur des écuries au bout du voyage.
Maximilien nose pas aborder les deux bergers, perdus dans leurs pensées. Vêtus de plusieurs couches de vestes et de gilets, coiffés de grands chapeaux déformés par les saisons, ils sont assis sur la colline dans un silence contemplatif, leur bâton en bois noueux sous le bras. Maximilien hésite à prendre la parole. Leur adresser un mot maintenant, cest comme jeter un caillou dans leau lisse dune flaque. Briser une harmonie. Car en les observant de loin, ils semblent méditer et regarder « entre ». Entre les boucles de laine des bêtes. Entre le feuillage des arbres. Entre les brins dherbe. Entre les nuages. Entre la terre et le ciel. Mais que regardent-ils donc pour avoir ce regard radieux, figé sur linfini ?
Maximilien rentre à la maison, prépare quelques brioches avec du café chaud quil met dans un thermos et décide de repartir à leur rencontre aussitôt. Encore une fois, en chemin, il sarrête net, cloué par le spectacle qui se présente à lui : habilement encadrés par les chiens, les moutons passent à travers les champs sans piétiner le moindre carré semé, porteur des prochaines récoltes. Ils circulent agilement entre les zones de pâture qui leurs sont autorisées et celles qui leurs sont interdites. Dès lors, il assiste à une grande sarabande de moutons, tournant ici et là comme une spirale mystérieuse, se déployant et se rassemblant, se dispersant ou se regroupant au gré du permis et de linterdit, des espaces douverture ou de fermeture, savamment orchestrés par les chiens et les bergers. Pas la trace dun seul petit sabot en dehors des zones qui leurs sont réservées. Et ils broutent et broutent encore, avec ordre et en respectant des directions précises, comme animés par une force de lunivers, comme sils étaient les instruments dun dessein céleste, les pinceaux dun grand tableau. Et après leur passage, les champs changent curieusement de teintes et de densité.
Maximilien troublé, fasciné, interrompt sa rêverie. Il se présente aux bergers et leur offre des brioches et du café chaud. Ils murmurent un bonjour discret. Le pilote aimerait leur parler, leur voler un peu du secret de leur beauté sans âge. Le premier est un peu plus vieux, les cheveux poivre et sel et les yeux dun bleu profond. Son compagnon na pas plus de 30 ans et son sourire blanc et généreux reflète un état intérieur empli de paix, de force et de lumière. « Doù venez-vous ? » se risque à demander Maximilien.
Cest alors que le plus ancien lui répond : « Que voulez-vous entendre ? Des mots qui sadressent à la tête ou au coeur ? A lhomme ou à lHomme ? ». Le visiteur, visiblement surpris, ne sait pas quoi répondre. « Soit, nous vous donnons la réponse la plus facile à comprendre pour vous, ici et maintenant. Un jour, et très bientôt même, vous découvrirez par vous-même qui nous sommes et quelle est notre véritable origine »
Maximilien est de plus en plus confus. « Mais bon sang, qui sont ces mystérieux gaillards ? marmonne-t-il en silence. Comme sil avait lu dans ses pensées, le plus jeune lui répond : « Nous venons du Kosovo. Nous sommes bergers en Suisse depuis quinze ans. En été, nous faisons pâturer nos bêtes en Valais. En hiver, nous faisons la transhumance dOnnens à Aubonne ». Puis il se tait. Maximilien nen saura rien de plus. Le chant du vent est revenu se glisser entre eux, ils se saluent courtoisement et se quittent. Quelques minutes plus tard, quand Maximilien se retourne pour voir une dernière fois les deux berges, ils lui adressent un geste amical dont l'énergie parcourt son corps de la tête au pied, dans un grand fisson agréable. Un courant, une force et une confiance fabuleuse venait de lui être transmis
Ainsi, de pâture en pâture, nos moutons finirent par quitter la région le 24 décembre pour aller chercher de nouvelles nourritures. Maximilien avait déjà un peu oublié ses amis bergers quand il décida, peu après leur départ, de soffrir un tour en avion, un vol comme jamais, pour Noël. Une dernière petite acrobatie avant la nouvelle année. Il enfila sa combinaison daviateur, se rendit à laéroport et fit démarrer son bimoteur. Et Maximilien décolla, sans simaginer une seconde quil allait découvrir limpensable, de quoi changer fondamentalement pour le restant de sa vie.
Comme dhabitude, il entreprit de survoler son village. Lorsquil arriva à la hauteur des champs autour de sa ferme, il crut quil devenait fou. Ce quil vit alors, là-en bas, resta gravé dans sa mémoire jusquà sa mort. Et il en révéla le secret pour la première fois avant de rendre son dernier souffle. Et c'est à moi, sa fille, qu'il en a fait la confidence et c'est pourquoi je décide aujourd'hui de vous la raconter. La Vérité doit être sue et peut maintenant être partagée au public.
Voilà ce quil chuchota : survolant les champs où avaient patiemment, méticuleusement pâturé les moutons de ses amis bergers, il vit une écriture immense, longuement travaillée par les petites mâchoires infatigables des bêtes dévouées à la Grande Cause. En broutant lherbe soigneusement ici et là, sans hasard ni chaos mais avec la complicité des chiens et des hommes venus dailleurs, d'un autre plan de conscience, les moutons avaient dessinés des lettres géantes visibles du ciel seulement. Maximilien pouvait alors y lire, avec stupeur et émotion, cette phrase gravée sur la terre :
« Il est Vivant ! ».
Isabelle A. Bourgeois
| < Précédent | Suivant > |
|---|
Ajouter un Commentaire
La vitamine J
Parole, parole...
"Je fermerais mon esprit à ce qui pourrait m'entrainer dans la querelle et le ressentiment. Je proposerais la douceur à la colère afin de sauvegarder ma paix intérieure."
Tchouang Tseu
Tchouang Tseu
Petits miracles

Traquer l'amour où il est, où il passe, le temps d'un battement d'aile de papillon... C'est l'album vidéo des petits miracles...
Publicité+

Livre sur la marche mondiale pour la Paix!
Recueil très visuel, présentant les aspects les plus importants de la Marche Mondiale. Une mémoire, un résumé qui tente de refléter la dimension et l'ampleur de cette action.
Acheter cet ouvrage: C'est ici.
Galeries...
Promotion+

Vous cherchez un cadeau de Noël à offrir?
Des ouvrages pour saluer l’humain dans ce qu’il a de plus noble.
En savoir plus: Editions JIP
Rechercher...
Lettre d'infos
Youtube+
Tous nos films sont sur notre page YouTube. Derniers tweets
Un Japonais retrouve son ballon emporté par le tsunami jusqu'en Alaska http://t.co/fIn14oxw via @wibiya
Il réalise un magnifique court-métrage rempli d'amour avec un Nokia http://t.co/b1TXpqWN via @wibiya
http://t.co/P5D5qGSN
http://t.co/l4e94mHz
http://t.co/RhjyIJAuPages visitées
Pages visitées : 5285505
Retrouvez mon blog sur l'extraordinaire aventure de la Marche pour la Paix et la Non-Violence, en suivant
Portez-vous le fardeau de conflits, comportements ou destins tragiques non réglés des générations précédentes?
Un stage de 2 jours que j'anime dans le Val d'Anniviers pour vivre l’essentiel dans l'authenticité, la joie et la nature. 24 et 25 mars 2012.
Pour se reconnecter à la 
Il crée des sites, informatise, conseille, écrit, coache et empêche de dormir...
Vous aimez l'authenticité et la montagne? Chalet-raccard à Pinsec, Val d'Anniviers.
Découvrez un coin d'amour pour vous ressourcer à Pinsec, Val d'Anniviers.
Découvrez les compétences que je peux mettre à votre service:
A voir, à vivre, à dormir...