IsaBlog
Le blog d'Isabelle Alexandrine Bourgeois
Vidéo extraordinaire sur la contagion de la solidarité humaine. Après l'avoir regardée, nous n'avons plus envie de rien faire d'autre que d'aider, aimer, soutenir ou réconforter.
Tenez, aujourd'hui même, j'ai du mettre en catastrophe des chaînes aux roues de ma voiture, plantée au milieu de la nuit et de la forêt, sur une couche épaisse de verglas. Après 30 minutes de tâtonnements très agacés et presque vains, un individu s'est approché de moi avec une lampe frontale. Il était venu de loin car il avait vu que je pouvais avoir besoin d'aide. Et il m'a aidée. Il s'appellait François-Xavier. Deux kilomètres plus tard, j'ai du retirer à nouveau mes chaînes parce que j'arrivais sur une route très fréquentée et sèche. Encore une fois, à quatre pattes, j'entreprends la pénible besogne. Mais une voiture s'est arrêtée. Un homme m'a proposé spontanément son aide et m'a aidée à finir mon travail. Je ne lui ai pas demandé son nom mais je l'ai remercié à son tour d'avoir été mon ange gardien. Ces deux êtres ont ajouté des rayons à mon soleil. Depuis qu'ils me sont venus en aide, je brille à présent aussi de leur lumière.
Toi, l'homme, je t'ai vu…
Je t'ai vu quand, après 28 ans de prison et de torture en Irak, tu as serré tes bourreaux dans tes bras le jour de ta libération et ton retour en Iran.
Je t'ai vu quand, au Kosovo, tu as dit "stop" à une pelle mécanique qui allait extraire des cadavres d'un charnier comme on charge un vulgaire matériau. Avec ton ami, tu as pris une pelle et vous avez déterré les corps "à la main", un à un, comme un jardinier qui nettoie le feuillage autour d'une fleur car il pourrait nuire à sa beauté.
Je t'ai vu quand, aux Philippines, avec 12'000 autres de tes petits camarades de classe, tu as exécuté le plus grand signe humain pour la paix visible depuis le ciel.
En Iran, en plein embouteillage, je t'ai vu descendre de ta voiture, imité par d'autres automobilistes, pour danser au milieu d'un tunnel, la radio à fond, en attendant que la route se libère.
A Kathmandu, je t'ai vu allumer des milliers de bougies pour la réconciliation entre les hommes.
Je t'ai vue, paysanne de Corée du Sud, labourer 48 ans le même champ, dans l'attente du retour de ta famille, là-bas, de l'autre côté du fleuve Han et de ses barbelés.
Mon coup de coeur du dernier jour de l'année: "LES PETITS PRINCES" du producteur et réalisateur Gilles de Maistre (Le dernier cri). Des enfants qui partagent leurs biberons avec des tigreaux, d’autres qui dorment avec des boas… Sillonnant le globe, Gilles de Maistre (Le premier cri) est allé à la rencontre de ces enfants qui vivent en harmonie avec des animaux sauvages. Emplis d’innocence, de foi et de respect, ces « petits princes » ont trouvé l’équilibre entre deux mondes apparemment opposés. Là, animal et enfant se font confiance, apprennent l’un de l’autre, vivent ensemble et s’aiment. En trois parties, ce documentaire raconte l’histoire extraordinaire de ces amitiés singulières, dévoilant la vie privée de ces animaux soidisant dangereux, mettant l’accent sur La menace qui pèse sur certaines espèces et dessinant le portrait de ces enfants décidés à devenir les meilleurs alliés des animaux. Ces enfants-là nous réconcilient avec notre monde et nous rendent magnifiquement humbles. Voir
Si j'ai coeur à témoigner publiquement de ces deux anecdotes épiques vécues l'une après l'autre au cours de la même soirée, mardi 6 décembre 2011, c'est parce qu'il me semble qu'elles peuvent être porteuses d'enseignement pour tous ceux qui auraient besoin d'apprendre à "prendre leur place", comme moi, dans certains cas: en société, au bureau ou au sein de notre famille. Prendre sa place, c'est se respecter intimement. C'est protéger ses valeurs et l'amour de soi (à ne pas confondre avec l'ego et l'auto-satisfaction). Prendre sa place, ce n'est pas prendre celle de quelqu'un d'autre. C'est s'aimer suffisemment pour être pleinement à l'écoute de ses besoins et ceux des autres, dans un respect mutuel.
Je viens de rentrer d'une semaine à New York. J'avais besoin de tourner une page... La rencontre avec une poignée d'indignés new yorkais m'a remise sur les rails. Depuis le 17 novembre dernier, ils sont des milliers à se rassembler tous les jours dans les espaces publics de Wall Street et à travers tous les Etats-Unis pour jeter les jalons d'un monde nouveau. Ils ont en moyenne entre 20 et 35 ans, ont quitté leur emploi ou sont en recherche, pour venir écouter ces nouveaux orateurs du 21ème siècle, des citoyens lamda comme vous et moi, qui ont décidé de reprendre en main leur destinée. Ils viennent pour partager leurs visions sur les grande problématiques actuelles, nationales ou internationales de même qu'apporter des solutions pour transformer un système avec lequel ils se sentent en profond désaccord. Ils se réunissent en petits groupe de travail et de réflexion, adoptent des codes précis et un langage de signes afin que chacun puisse être entendu à tour de rôle, dans l'écoute et le respect. Ils sont non-violents et s'engagent à aider chaque être à trouver sa place dans le groupe et en dehors. Personne n'est rejeté, pas plus le mendiant que le golden-boy. "Nous sommes Un, comment alors rejeter une partie de nous-même?", m'a confié l'un d'eux. Tout est question de "trouver sa place". Les côtoyer pendant 3 jours m'a donné une énergie particulière qui offre le sentiment de vivre des instants décisifs de notre histoire. Je leur ai dit que j'étais venue pour les remercier de leur action et pour témoigner des rencontres que j'ai faites cet été avec des jeunes révolutionnaires tunisiens ou des insurgés libyens. Tous, d'un bout à l'autre du monde, partagent le même combat et se mobilisent pour les mêmes valeurs: libre-arbitre, liberté de pensées, partage des droits et des devoirs avec équanimité. A travers ce mouvement global, les barrières culturelles et les frontières commencent à voler en éclats. Il faut encore patienter sans doute mais rejoignez-nous en route... Nous avons besoin de vous. Voici la première partie de cette riche expérience.
Suite à l'extraordinaire émission proposée hier soir sur France 2 "Leurs secrets du bonheur" animée et pensée par Frédéric Lopez (dont je salue en passant le courage), je me suis interrogée à mon tour sur l'un des moments positifs qui avait bouleversé ma vie. Je voulais vous partager ma rencontre tout à fait inattendue avec un ancien preneur d'otages de mon père, en Colombie en 1980. C'était le 17 décembre 2009, à la frontière entre le Colombie et l’Equateur. Je participais alors à la Première Marche mondiale pour la Paix et la non-violence et étais porte-parole auprès des médias. J'ai également tenu un blog. Afin de témoigner d'un moment de profonde transformation, j'ai eu l'élan d'en faire une petite vidéo que voici.
C'était le 17 décembre 2009. Tandis que je faisais la queue au bureau de contrôle des passeports, Rafael de la Rubia, l'organisateur de la marche, me prend à part et me dit doucement: »nous souhaitons te présenter quelqu’un: il s’agit du gouverneur de ce département, Antonio Navarro, ancien leader du groupe M-19 qui a été le cerveau de la prise d’otage de ton père.»
Je n'ai pas résisté à filmer mes voisins en train de palabrer sur l'art de la raclette et la meilleure manière de racler. Un monument d'anthologie, délicieux, attachant et cocasse. Pour tous les amoureux de la raclette, comme moi.
Juste quelques lignes pour expliquer le peu d'actualités mises en ligne depuis 2 mois. D'une part, je suis actuellement en mission humanitaire en Tunisie, à la frontière avec la Libye où il y a très peu de connexion internet. D'autre part, mon ordinateur a rendu l'âme à peine arrivée sur le terrain et je n'ai plus accès à l'interface professionnelle de mon site. Toutes mes excuses.
Cela dit, ma mission est passionnante et riche. Avec un jeune collègue tunisien dévoué et engagé, nous avons organisé par exemple une distribution de produits d'hygiène pour 14'000 réfugiés libyens dans le besoin, savon, poudre à lessive, dentifrice et brosses à dent. Mon travail a été non seulement d'initier et de coordonner cette opération mais aussi d'aider les volontaires du Croissant-Rouge tunisien à se perfectionner à tous les niveaux de cette opération, transports, conditionnements, distribution, enregistrement des listes de bénéficiaires, etc afin qu'ils puissent mieux répondre dans le futur à de nouvelles urgences.
Je rencontre régulièrement des réfugiés libyens, des femmes et des enfants surtout dont le mari ou le père est reparti au combat après avoir mis leurs proches en sécurité de l'autre côté de la frontière. Mais je rencontre notamment les Tunisiens qui leur viennent en aide. Et ils sont magnifiques ces Tunisiens! Plein d'intelligence et de générosité. Ce sont les familles tunisiennes qui apportent le principal soutien aux réfugiés libyens. Elles les accueillent chez eux, dans leur modeste maison et partagent leur table et leurs commodités. Sans parler des millions de donations faites par des privés. La seule chose que je regrette, c'est que leur assistance exemplaire les détourne inévitablement pour l'instant de toute l'attention et de l'énergie dont ils auraient besoin pour parachever leur Révolution de Jasmin qui se voit mise entre parenthèse, le temps de la crise en Libye. Je vois cela comme une hémorragie d'énergie précieuse pour eux-même et en même temps, quelle belle leçon de solidarité.
Nous travaillons beaucoup et il fait une chaleur insoutenable: 48 degrés à l'ombre! Je rencontre des hommes et des femmes de grande qualité, des Tunisiens, des Libyens comme des humanitaires. Depuis deux mois, je marche sur les pas d'un prédécesseur, un Suisse valaisan, qui a organisé beaucoup de distributions en faveur des réfugiés. Partout, je récolte des échos positifs à son sujet; partout on me dit combien il a été à l'écoute des gens, donné de l'empathie et s'est profondément investi pour répondre aux besoins, dans la mesure des moyens que lui donnait son organisation. C'est extraordinaire de constater que l'on peut semer à deux niveaux dans la vie: sur le plan de l'aide matériel directe mais aussi, et surtout, sur le plan de l'amour. Et force est de constater le profond changement que cela opère chez les gens. Je comprends mieux ce que signifie aujourd'hui la légende de Siddartha (Bouddha). On dit que fleurissaient sous ses pas des fleurs de lotus. Je pense que c'est cela qui nous est réellement demandé, au-delà de donner des sacs de semoule, des boîtes de thon ou du savon: c'est donner de soi-même et de ce qu'il y a de plus noble en nous. Et combien je me sens étourdie de toute la beauté humaine que je côtoie ici.
Isabelle, de retour le 1er septembre.
Hier, en ce vendredi de Pâques et tout à fait par hasard, nous avons, avec un ami, suivi un sentier de montagne au bord duquel avaient été joliment construites les 14 stations du Chemin de Croix qui commémorent la Passion du Christ en évoquant 14 moments particuliers sur la route du Calvaire. Dans un premier temps, circonstance oblige, nous avons pris des mines navrées. Puis, peu douée pour la mortification, mon regard s'est tourné de l'autre côté du chemin. Il y avait, tout le long, de grands mélèzes décorés de mousses et de lichens. Alors, je n'ai pas résisté: j'ai décroché l'une de ces jolies petites touffes vert kaki et je me la suis collée sous le pif! Mort de rire, mon ami en a fait autant. Nous avons donc progressé dans la montée en nous amusant comme des fous avec nos moustaches. L'une fine et élaborée façon Salvador Dali, l'autre épaisse et généreuse à la Groucho Marx! Poilant, vraiment! Nous avons tellement ri que nous avons cru que nous n'arriverions jamais à destination!
Au bout du compte, je me suis demandée si le message du Christ n'était pas aussi caché dans une moustache; dans un rire d'enfant farceur et dans la joie de savoir créer avec la petite magie du moment présent. J'ai la croyance que je ne peux pas m'approcher plus de Lui qu'en ces instants éphémères où la joie enflamme mon coeur de gamine...
Isabelle A. B.
Je suis une traqueuse de vie. Et pour moi, la résurrection n'est rien d'autre que cet état de raccordement avec notre joie profonde, avec la Vie. Et la vie, je viens d'en trouver un bout sur une grande nappe pleines de taches, après un festin entre amis, vendredi soir, pour Pâques. Une nappe sans taches reste belle. Mais une nappe maculée est un tissu qui a vécu et qui raconte. Il raconte les paroles échangées, l'écoute accordée, les plats que l'on passe d'un convive à l'autre pour être partagés et commentés. Cette tache est un éclat de mayonnaise faite avec amour. Cette autre a la teinte du bouillon dans lequel tout le monde a trempé sa fourchette, dans l'énergie de la communion. Celle-ci, au bout de la table, est un fragment de crème brûlée faite avec tendresse par une amie bergère et fromagère. Et bien sûr, il y a la tache plus irritante du vin parce que plus tenace au lavage. En même temps, on lui pardonne sa maladresse car c'est toute l'histoire de la vigne et du vigneron que l'on y lit. Il y a la tache de café qui prolonge la complicité entre amis au bout de la nuit. Enfin, il y a les miettes de pain qui dérangent un peu l'oeil. Mais moi, j'aime ces miettes parce qu'elles symbolisent le "menu fretin" dont la vie ne saurait se passer pour être riche et complète. Ce sont les miettes qui font la miche comme ce sont ces minuscules instants de bonheur qui font que la vie devient, elle aussi, un festin. J'aime ce désordre après la noce. Cet dans cet espace que toute la vie se joue, se déconstruit ou se tisse.
Isabelle A. B.
Je n'ai rien vu d'aussi beau depuis des années...
Il y a peu, j'ai fait une triste expérience avec un bleu à l'âme. Or, une divine "coïncidence" a voulu que je reçoive un SMS à un moment d'abattement lequel m'invitait, comme des milliers d'autres êtres humains sur la planète, à envoyer des pensées positives sur la catastrophe au Japon. Pendant une heure, je me suis donc mise à projeter de la lumière sur les réacteurs de Fukushima. Tandis que j'éclairais à distance la centrale nucléaire, j'illuminais en même temps la région de mon coeur blessé. Et tout comme l'eau était projetée par les pompiers sur les réacteurs en surchauffe, je me suis sentie peu à peu apaisée et "lavée" de ces fichus conditionnements qui me faisaient revivre les mêmes scénarios. J'ai eu la sensation que je guérissais et que je guérissais un petit morceau du monde en même temps.
J'ai beaucoup de mal avec ce que l'on nomme "La théorie du complot"… Elle est très en vogue en ce moment et moult vidéos et mises en gardes circulent sur internet. J'ai une autre interprétation des événements.
Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable. « L’Homme qui plantait des arbres » est une nouvelle écrite en 1953 par l’écrivain français Jean Giono pour, selon ses termes, « faire aimer à planter des arbres ». Il s’agit de l’histoire, présentée comme authentique, du berger Elzéard Bouffier, personnage pourtant de fiction, qui fait revivre sa région, localisée en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant des arbres. Écrite à la suite d’une commande du magazine américain Reader’s Digest, la nouvelle a eu un retentissement mondial. Elle est aujourd’hui considérée comme un manifeste à part entière de la cause écologiste. Beaucoup de personnes ont cru que le personnage d’Elzéard Bouffier avait vraiment existé, croyance sur laquelle Giono n’a pas manqué de jouer.
La nouvelle véhicule de nombreux messages : écologiques, humanistes et même politiques. L’histoire d’Elzéard Bouffier est en effet considérée dans la littérature écologiste comme une parabole de l’action positive de l’homme sur son milieu et de l’harmonie qui peut s’ensuivre. Le récit de Giono a donné lieu à un film d’animation du même nom, réalisé par l’illustrateur Frédéric Back et lu par Philippe Noiret, et qui a obtenu plus de 40 prix à travers le monde.
« L’Homme qui plantait des arbres » est aujourd’hui reconnu comme une œuvre majeure de la littérature de jeunesse et elle est, à ce titre, et pour son message écologique de développement durable, étudiée en classe.
Vous savez quoi? Le bonheur, c'est aussi celui qui peut naître d'une claque après un grand bonheur… Ca s'appelle mordre la poussière d'abord, puis survient la "révélation"! Et au milieu des événements dramatiques qui frappent le Japon, je viens d'en faire l'expérience. Voici la fable d'Isabelle qui, parce qu'elle est tombée amoureuse d'un bonhomme de neige, a voulu amener sa part au sauvetage des réacteurs nucléaires japonais. Ou comment essayer de transformer le monde en se transformant soi-même…
"Voici les clés de la voiture et le plan pour y arriver. Ne traînez pas trop car la nuit tombe très vite ici" lui tance son interlocuteur venu l'accueillir à l'aéroport. Le musicien est interloqué. Le voilà en Islande, invité à donner un concert de clavecin dans la plus grande église de l'île, à plusieurs heures de route et livré à lui-même. Personne ne l'avait informé sur les us et coutumes des islandais dans leur rapport à la musique, ni sur l'itinéraire, ni sur le pourquoi du comment. Après plusieurs jours de répétition dans une petite maison isolée, il n'avait toujours rencontré personne. C'est donc seul et curieux qu'il se rend de lui-même au fameux rendez-vous. L'église est bondée. Il s'installe devant son instrument et une assemblée composée de 600 auditeurs silencieux. Pas un éternuement, ni un soupir. Aussi, entre chaque oeuvres, aucun applaudissements. Notre musicien plongé dans le doute, rentre la tête dans les épaules, rétracte ses doigts et continue à jouer sur la pointe des pieds. "Je savais les Islandais très éduqués en matière de musique classique mais sont-ils aussi exigeants et suis-je aussi mauvais?" Quelques perles de sueur lui coulent dans le dos, il retient son souffle et se donne beaucoup de mal pour rester concentré.
A l'entracte, toujours aucun bruit ni mouvement. Déconfit, notre musicien reprend son concert courageusement. Fin du programme. L'homme se lève, descend de la scène et se dirige vers la porte de sortie, les yeux rivés sur ses pieds, mortifié par la honte. Soudain, les auditeurs se lèvent respectueusement un à un à son passage et lui envoient un regard plein de gratitude. Jusqu'à la sortie où les portes de l'église lui sont ouvertes sur un paysage majestueux et sauvage. Une bouffée de vent glacial lui caresse le visage comme une ultime reconnaissance. Certains silences sont plus habités que le claquement des mains. L'homme se sent comblé, il se sent aimé.
Plus d'infos sur Orhan Memed
Il s’appellait Orhan. Il était claveciniste et donnait des concerts. Il avait 25 ans. Cela faisait des années qu’il mettait de l’argent de côté pour s’offrir son premier clavecin. Lorsqu’il rassembla enfin la somme grâce à l'aide de sa famille, il passa commande auprès d’un prestigeux facteur. Il fallait encore attendre quatre ans avant de pouvoir caresser ses touches et que son rêve devienne réalité. Après mille et une complications administratives, des années de patience et des frais supplémentaires ici et là, il reçu enfin la nouvelle: le clavecin allait lui être livré mardi, au 30 rue des Alouettes à Paris où il vivait dans un 30 m carré. A l’heure du rendez-vous, fébrile, il attend devant la porte de son immeuble. Quand tout à coup l’énorme camion de déménagement surgit dans la rue.
Un médecin du CICR visitait un jour une prison. Il avait en particulier pour mission de rencontre un détenu de haute sécurité, enfermé au sous-sol de l'établissement. Tandis qu'ils passaient devant les portes des cellules, le gardien lui lança:"Votre détenu est dans celle-là mais vous n'avez pas le droit de le voir." Le visiteur insista, sans succès. Le gardien était obtus. Finalement, notre médecin lui présente tous les documents de justice, les autorisations légales remises par les autorités concernées afin de faire plier son interlocuteur. En vain. Désemparé, le médecin ne sait plus quoi faire. Tout à coup, une idée lui vient. Il demande au gardien s'il a des enfants. "Oui" lui répond-t-il. "Et bien moi aussi, regardez!". Et notre médecin suisse sort de son porte-feuille une photo de son fils. "Nous sommes tous les deux des papas. Et cet homme là derrière est aussi le fils de quelqu'un." C'est alors que le gardien lui a ouvert la porte.
Camp de détention dans un pays en guerre. Dix mille prisonniers se retrouvent dans un immense camp à ciel ouvert, champ de tentes et de barbelés, au sommet d’une colline aride et sombre, recouverte de cailloux blancs en calcaire. Il sont sommés de rester accroupis, les mains sur la nuque, souvent une journée entière. Ils sont visités chaque jour par des délégués sur CICR. L’une d’entre elle, lors d’un entretien, reçoit un petit cadeau d’un détenu: c’est un ourson de pierre que le prisonnier a taillé dans le calcaire, chaque fois qu'il a pu se libérer les mains, à l’insu de ses gardiens. La déléguée est très émue. Les jours suivants, elle observe alors un phénomène extraordinaire: la créativité de l’artiste avait été contagieuse et s’était transmise à des centaines de prisonniers. Ainsi la montagne petit à petit, de blanche devenait brune. Les cailloux de calcaire étaient peu à peu transformés en figurines artistiques et objets usuels. Les prisonniers retrouvaient leur dignité à travers l’acte de création; peu à peu ils se sont redressés, ils se sont levés de l'intérieur. C'est cela la vraie liberté.
Big Island, Hawaï, 6 février 2011
Ce n'est que 24h après ma première rencontre avec la baleine, j'ai intégré son message… Il a passé de la tête au coeur à travers une expérience anodine. Nous avions tant dérivé pendant notre quête de notre baleine-graal, que nous étions à des kilomètres de notre point de départ et avions perdu tout point de repère. Chaque participante avait un point de vue différent (c'est le cas de le dire) sur la direction à prendre, les unes juraient qu'il fallait pagayer à droite, les autres affirmaient, la main sur le coeur, le contraire. Et moi, en bonne "sauteuse devant l'Eternel", je me suis proposée comme éclaireuse et j'ai pagayé à droite pour éviter à mes amies des coups de rame superflus, au cas où c'était le mauvais choix. Et c'est bredouille que je suis revenue sur mes pas, déjà passablement claquée.
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